Etienne me laisse à Strasbourg Saint Denis, pour rejoindre la Gare du Nord, en quête d'un train. Je lui fais une bise, et reprends ma place sur l'un des 3 sièges de la banquette de moleskine bleu. Je regarde un peu autour de moi. Le type qui s'est assis en face de moi, à la place d'Etienne, me déshabille du regard. J'aime pas. Et en plus, il ne fait même pas semblant d'être gêné quand je le regarde dans les yeux. Je décide de l'ignorer, et m'intéresse à mon voisin de droite. C'est un monsieur d'un âge et d'une ventripotence certains, complètement absorbé par sa partie de Sudoku, qu'il joue sur son PDA. Je regarde sa voisine de droite, enfin, son reflet dans la vitre d'en face. C'est elle aussi une dame d'un âge que je qualifierai de "mûr", qui porte un Tshirt sans manches rose, et qui serre amoureusement contre elle un cabas vert.
République. Le reluqueur descend, et le siège d'en face reste libre. Je continue à regarder droit devant moi, les lumières du tunnel défilent à intervalles réguliers. Associé au bruit sourd des roues sur les rails, ça produit un effet hypnotique. Toudoum. Silence. Toudoum. Silence. Toudoum.
Filles du Calvaire. Les portes s'ouvrent, puis se referment avec ce bruit de sirène de bateau caractéristique. Je regarde à nouveau autour de moi. Le monsieur au PDA consulte maintenant les dernières nouvelles sur le site du Monde. Le seul mot que j'arrive à lire, c'est "Federer". Bon, monsieur s'intéresse au tennis. Ou alors ma culture sportive est à revoir. De toute façon, je m'en moque.
Deux trois accords de guitare me tirent de mes méditations. Un homme est entré dans la rame, avec sa guitare électrique (ou sa basse, que les amateurs de grattes en tous genres me pardonnent). Il commence à jouer, sur une mélodie vaguement mélancolique. Il est accompagné par le son d'une enceinte crachouillante. J'aime bien sa musique. Je continue de l'écouter, en observant le ballet des lumières du tunnel devant moi.
Saint Sébastien Froissart. Sur le quai, deux amoureux s'enlacent. On dirait qu'ils vont se quitter. Lui ressemble à la plupart des hommes qui se retournent en sifflant sur le chemin des jolies filles. Il a l'air de se retenir pour ne pas pleurer. Il la serre dans ses bras, l'embrasse dans le cou, s'accroche à ses épaules, l'embrasse sur la joue. Elle l'air bouleversée elle aussi. Elle essaie de le calmer, de l'apaiser, en le serrant contre elle. La musique mélancolique derrière moi correspond tout à fait au tableau. J'entends à peine la sonnerie qui annonce la fermeture des portes. Je suis ces deux là du regard tandis que le quai s'éloigne.
Je continue à y penser vaguement, les revoyant l'un contre l'autre. Y'a des scènes qui sonnent trop vrai, par moments... J'écoute distraitement la musique. Mélancolico-romantique, ou romantico-mélancolique ? Cette question me taraude. Je l'oublie peu à peu, le bruit des roues et la musique se mêlent. Toudoum. Deux trois notes. Toudoum. Deux trois notes. Toudoum. Un bruit de frein. Quelques accords, qu'on entend mieux. Une sonnerie. Quelques mesures. Le bruit des portes qui se ferment. Une note isolée. Le métro qui s'ébranle à nouveau. Toudoum. Deux trois notes. Toudoum....
Montgallet. Tiens, le guitariste est parti ? Sonnerie. Bruit de portes. Toudoum. Toudoum. Où sont les notes ? Toudoum. Mélancolico-romantique ? Toudoum. Romantico-mélancolique ? Toudoum...
Voilà Daumesnil. Je me lève, dérange le monsieur au PDA, le garçon dont les jambes qui s'étalent dans le passage et la casquette blanche ont remplacé la dame au cabas vert, et je sors. Je prends la correspondance pour la ligne 6, direction Nation. Je dois courir un peu pour attraper la rame.
Bel Air. Voilà, je suis arrivée. Je remonte le quai en prenant mon temps, toujours ces deux amoureux en tête. Je descends distraitement les escaliers, remercie tout aussi distraitement la dame qui m'a tenu la porte, et commence à marcher en direction de l'appartement.
Je vois les gouttes de pluie tomber avant de les sentir. Elles forment un rideau grisâtre devant moi, et des petites étoiles sur le sol quand elles tombent. Plic. Plic. Plic. Ploc. Celle là est tombée sur la bride de mon sac, que je porte à l'épaule. Je commence à être mouillée. Ça serait agréable si seulement ma tunique n'était pas si transparente une fois mouillée. C'est dans des moments comme ça qu'on regrette de ne pas avoir trouvé de parapluie ^^
Commentaires
Par Lilipoulette le 07/07/2006 à 21h29
Oh effet tunique mouillée
Des pervers dans le métro y'en a plein malheureusement pfff ^^
Par Milouse le 07/07/2006 à 01h09
Sauf que c'était un métro à pneu et pas à rail ^^ !!!
pour les amoureux... qu'est-ce que tu as contre les garçons qui se retournent au passage des jolie filles hein ? ^^
@++
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